The National Fish and Wildlife Forensics Laboratory

mardi 18 février 2014
par  Frank AVARD

L’US FISH AND WILDLIFE SERVICE (USFWS : service du gouvernement fédéral américain en charge de la pêche, de la chasse et de la faune sauvage) a établi en 1989 à Ashland, dans l’Orégon, le premier laboratoire mondial d’analyses criminelles entièrement dévolu à la police de la faune.
Destiné aux agents de l’USFWS [1] et aux agents de la faune des états américains, il apporte une aide scientifique à la lutte contre le braconnage et les différents trafics mettant en péril les espèces sauvages.
Les 140 pays ayant signé la Convention de Washington (CITES) peuvent bénéficier également de cet outil sous l’égide de la division Faune Sauvage d’Interpol.
Le staff comprend 35 scientifiques, techniciens et personnels administratifs divisés en trois services : administratif, médecine légale et technique.

- Le service administratif : Outre les taches administratives classiques, ce service contrôle et répertorie les milliers d’articles et échantillons reçus annuellement par le laboratoire. Premier contact pour les agents de terrain, ils y sont conseillés sur les modalités de prélèvements et d’envois.
C’est souvent à ce niveau que se joue le succès d’un dossier.

- Le service de médecine légale :
Il est divisé en cinq équipes travaillant en étroite collaboration.

— L’équipe d’analyses morphologiques : elle réalise des comparaisons microscopiques et macroscopiques des parties ou produits d’animaux. C’est le plus simple travail du laboratoire en terme d’instrument mais peut être le plus complexe techniquement. Souvent l’examinateur n’a qu’une portion de l’animal et ne connaît pas son pays d’origine. Récemment le travail de cette équipe a acquis une nouvelle dimension avec l’achat d’un scanner/laser capable de créer l’image en 3D d’un animal à partir de fragment d’os. Ceci permettra l’élaboration d’une banque de données utilisable pour d’autres dossiers. Un squelette de loup avant passage aux rayons X

— L’équipe d’analyses génétiques : elle utilise les analyses ADN pour déterminer la famille, le genre, l’espèce, la sous-espèce, le sexe et les caractéristiques individuelles grâce aux échantillons de sang, de poils et de tissus. Depuis sa création, le laboratoire a rassemblé une collection d’échantillons de 40 000 espèces de faune sauvage originaires du monde entier. La communauté internationale a chargé récemment le laboratoire d’identifier les espèces d’esturgeons produisant du caviar. En six mois, l’équipe a ainsi perfectionné un protocole d’analyse permettant de distinguer 27 espèces d’esturgeons et de paddlefish. Ces données sont utilisées par les agents luttant contre le trafic international de caviar.

— L’équipe d’analyses chimiques : elle utilise une batterie d’instruments et de test biochimiques complexes et sophistiqués pour analyser et rechercher des matières suspectes : pesticides, poisons, produits utilisant des espèces protégées. En Amérique du Nord, il existe un important trafic de produits issus de la médecine traditionnelle asiatique qui utilise des parties d’espèces sauvages comme la corne de rhinocéros, la vésicule biliaire d’ours, etc…

— L’équipe d’autopsies : elle mène principalement l’examen nécrologique des carcasses d’animaux reçues au laboratoire afin de déterminer la cause de la mort. Celle-ci pouvant avoir des origines très variées, la concertation avec les autres services est de mise.

— L’équipe de criminologie : ses travaux sont identiques à ceux des services de la police criminelle : balistique, examen de projectiles et traces divers, empreintes digitales, en bref, tous les éléments recueillis par l’agent sur le terrain et nécessitant une analyse. Le laboratoire est relié au système NIBIN, un réseau national intégrant toutes les données de balistiques recueillies aux USA par les différents corps de police. Ce qui permet d’effectuer des recoupements entre les projectiles et les armes saisies sur le terrain. L’acquisition récente d’un spectromètre à rayons X permet de déterminer la marque de fabrication d’une balle trouvée dans une carcasse. Détermination de la trajectoire d'un projectile

Concernant les empreintes digitales, le laboratoire a accès à la banque de données du FBI.

- Le service technique : Il fournit et réalise des documents informatiques, photographiques, vidéos et graphiques afin d’aider les agents à préparer les dossiers pour la justice.
Depuis quelques années, les activités de ce service sont devenues plus complexes avec la saisie par les agents d’ordinateurs. En effet, cela paraissait impensable il y a peu mais maintenant presque toutes les perquisitions menées par les agents aboutissent à la saisie d’au moins un ordinateur. L’analyse des disques durs permet de découvrir des éléments à charge tel que des photos d’animaux abattus illégalement, des emails compromettants…
Le monde du braconnage a définitivement changé !!!!

Un exemple du travail réalisé par le laboratoire dans un cas de braconnage :
Après la découverte d’un site où un animal a été abattu, probablement un cerf, les agents de la faune collectent à proximité des échantillons de sang, de poils, une douille de calibre 300 Winchester et réalisent des moulages d’empreintes de bottes. Puis ils adressent ces échantillons au laboratoire pour analyse.
L’enquête de proximité permet de recueillir le témoignage d’une personne ayant relevé l’immatriculation d’un véhicule suspect.
De retour du laboratoire, les analyses confirment que l’animal abattu était bien un cerf. Après avoir fait identifier le véhicule suspect et obtenu l’adresse de son propriétaire, les agents présentent les éléments en leur possession à la justice et obtiennent de celle-ci la délivrance d’un mandat de recherche/perquisition (search warrant) au domicile du suspect.
Sur place, ils découvrent puis saisissent 3 pièces visées par le mandat : de la viande de cerf congelée, une carabine de calibre 300 Winchester et une paire de bottes.
Ces pièces sont envoyées au laboratoire pour analyse. Les techniciens découvrent que la balle mortelle est encore dans la carcasse. Elle est comparée avec une balle test tirée avec l’arme saisie : elles proviennent toutes les deux de la même arme. L’analyse balistique fait ressortir également que la douille recueillie sur le terrain a bien été tirée par l’arme saisie.
L’empreinte ADN de la viande de cerf est identique à l’empreinte ADN déterminée à partir des échantillons de poils et de sang recueillis sur la scène du délit, idem pour les taches de sang trouvées sur les bottes. Enfin, les empreintes de celles-ci correspondent au moulage effectué sur le terrain.
Un mois après le début des investigations, la justice est de nouveau sollicitée et, au vu des éléments à charge, délivre aux agents un mandat d’arrêt à l’encontre du suspect qui sera placé en détention jusqu’à son procès ou remis en liberté sous caution...

JPEG - 122.4 ko Photos ci-dessus :
— Etude caviar
— Recherche sur la médecine traditionnelle asiatique
— Autopsies de cadavres d’animaux

Notes du traducteur, Frank Avard (ONEMA SD 15) :

La police scientifique au service de la lutte contre le braconnage s’est développée aux USA à partir de la fin des années 70. Les états de l’Iowa, de l’Illinois et du Nebraska furent des pionniers en la matière.

Maintenant des agents se sont spécialisés dans l’analyse criminelle et des états sont maintenant équipés de laboratoires mobiles qui se rendent sur les scènes de délit pour y réaliser des prélèvements et analyses. Les agents de la faune ont, pour la plupart, des pouvoirs d’enquête importants mais avant et pendant le procès, ils sont souvent amenés à exposer devant la justice leur méthode d’investigations. Dans le contexte des tribunaux aux USA et Canada les méthodes de l’accusation et de la défense sont différentes et les agents doivent utiliser des moyens sophistiqués pour apporter la preuve d’un délit et obtenir de la justice la délivrance de mandat de recherche ou d’arrêt.

En Europe, et plus particulièrement en France, ces techniques d’investigations en sont à leurs balbutiements, mais quelques affaires de braconnage ont été conclues grâce aux analyses ADN.


[1] L’US Fish and Wildlife Service

L’US Fish and Wildlife Service (USFWS) est une agence fédérale placée sous l’égide du ministère de l’intérieur. Créée en 1871, sa mission principale consiste à travailler avec différents partenaires pour conserver, protéger et restaurer la faune piscicole, la faune sauvage, la flore et les habitats naturels, au bénéfice du peuple américain.
Pour accomplir cette mission, l’USFWS a comme objectifs de faire appliquer les lois fédérales sur la faune sauvage, de protéger les espèces menacées, et de restaurer à l’échelle nationale les pêcheries et les milieux naturels sensibles, comme les zones humides. Au travers de son important programme de restauration, financé entre autre en levant des taxes sur les achats d’équipements de pêche et de chasse, l’USFWS alloue annuellement plusieurs centaines de millions de dollars aux agences chargées de la pêche et de la faune sauvage des différents états américains.
Sur le plan international, elle aide de nombreux gouvernements étrangers dans leurs politiques de conservation. L’USFWS emploie actuellement environ 8000 personnes réparties dans les différents bureaux régionaux et les quelques 700 stations de terrain.

Site officiel :
http://www.fws.gov/


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